L'insouciance, par Bernardo (suite et fin)

La naissance, c'est pas drôle
La naissance. Le premier acte de la vie. (Enfin, c'est ce qu'on veut bien dire, parce que pendant 9 mois, on fait quoi à Foetus Land, on se tourne les pouces ?). Et ce n'est pas la chose la plus agréable. Pour la maman, certes, mais pour le bébé, encore pire ! Bernardo et Gonzalo sont là pour témoigner...


Clinique Beauregard, chambre 714 ;

A peine est-il né que Gonzalo se tape la honte. Il se retrouve à poil devant le docteur, un moustachu masqué et planqué derrière de grosses lunettes pleines de buée. Mais bon, naturellement, à cet âge là, il n'en à rien à faire. Il préfère hurler.

Gonzalo ;
Mon dieu, c'est la Honte ! Je débarque comme ça, au milieu d'une assemblée d'infirmières, et je me permet de me ramener à poil... ça ne fait pas très serieux. J'aurais du garder ma combi spécial Placenta. Moulante, sexy, confortable... transparente, certes. Mais au moins, on pouvait pas dire que la première chose que j'ai fait dans ma vie, c'est m'exhiber devant une demi-douzaine de jeunes femmes.

J'ai faim. Ca serait pas mal que Le Cordon me ramène de quoi bouffer. Tiens, le Moustachu à Lunettes sort une paire de ciseaux, de gros ciseaux ! Eh ! Il veut me couper mon Cordon, fournisseur officiel de nourriture ! NAOOONNNNNN ! Faîtes pas ça !!!
Trop tard. J'ai l'air de quoi, moi maintenant ? J'ai plus qu'un seul cordon. En plus il est beaucoup plus petit. Et puis, c'est pas le plus important, par celui là y'a qu'un filet d'or qui s'échappe de temps en temps. Mais rien ne rentre. Avec l'autre, au moins, j'avais de quoi manger. A peine né et déjà condamné à mourrir de faim... c'est pas cool, la Vie.
L'autre moustachu me met à l'envers, me tenant par les pieds et me foutant des claques au cul. Ultime humiliation. Le pire, c'est que la femme en sueur avec les jambes écartées sourit. Ca la fait rire ! J'aurais mieux fait de rester à l'intérieur, quitte à la griffer ou à la mordre...

Bon, c'est pas que, mais je me pêle ! Remettez moi dans le long Tube, il fait meilleur. Une meuf habillée en vert me soulève. Mignonne. J'ai arrêté de brailler, j'ai compris que ça ne servait à rien. Elle me met dans un bain. La coquine... En tout cas, elle est bonne. L'eau, naturellement. Une bonne trentaine de degrès, comme à Foetus Land, l'endroit où la bouffe vous arrive tout cuit dans l'estomac, pas besoin de fourchettes ou de couteaux...

Bon, bref, je vais me taper un sieston... tout ce remue ménage m'a fatigué. Tout le monde a les yeux braqués sur moi, allez savoir pourquoi. Ils auraient mieux fait de me laisser tranquille, dans mon sauna réglé à 37.5°. Idéal pour pioncer tranquille en suçant son pouce. D'ailleurs, la sensation que j'éprouve en me trémoussant dans cette eau tiède me rappelle étrangement le monde de là où je viens.

Bon, laissez moi tranquille maintenant, j'ai faim et je veux dormir. J'ai été assez ridiculisé comme ça ! Non mais c'est vrai, quoi. Ces gens ne se rendent pas compte du traumatisme que représente l'opération Bouchon de Champagne. Effort physique, exhibitionnisme forçé, féssée, castration ombilicale...

Allez, c'est reparti pour un tour entre les mains de Monsieur le Moustachu. Mais ? Qu'est ce qu'il fait ? Il m'offre à la Femme-En-Sueur ! Quelle hypocrisie ! C'est elle qui décide de me mettre dehors en plein milieu du repas, et voilà que maintenant, elle veut me reprendre dans ses bras ! Mais dans quel monde ai-je attéri ?

Pendant ce temps, chambre 1313

Bernardo a réussi l'opération "bouchon de champagne". Mais visiblement, il tient à son cordon, le long. Ou alors il a des envies suicidaires. Toujours est-il qu'il est là, étranglé par le triple noeud de son cordon ombilical, à se balancer dans le vide. D'un côté, le cordon le sauve d'une belle tête piquée au sol, d'un autre il est en train de l'étrangler...

Bernardo :
Ouh la vache !! Ca tangue, ça tangue !!! En guise de baptême de l'air, y'a mieux !Rattrapez-moi les gars ! Vous croyez peut-être que ça m'amuse de jouer au trapéziste ? Je suis pas employé chez Pinder, alors sortez moi de cette situation humiliante !
Tout le monde s'affole autour de moi. Ok, ok, j'avoue que j'suis sorti un peu fort, mais bon, faut savoir ce que vous voulez ! C'est pas vous qui ne cessiez de beugler "Poussez, Poussez !" ? Bon, alors...
Le problème c'est que j'ai pas pris le temps de m'habiller. Et je me doutais que la température exterieure était frisquette. Surtout quand l'homme qui m'a extirpé de mon nid douillet a ouvert la porte. Donc, j'ai enfilé une écharpe vite fait. C'est la mode du Cordon en Echarpe, pas mal de bébé le font.

Bien, voilà qui est mieux. On m'a déposé dans les bras d'une charmante jeune femme. On m'a servi un bon litron de lait Candia. Après l'éffort, le réconfort, quoi. Mine de rien, ce fut éprouvant cette longue traversée dans ce tunnel étroit, avec cette lumière aveuglante en ligne de mire. Sans parler de ce raffut incessant ! Entre les cris de cette femme et les conseils de l'Homme en Blouse Verte, c'était loin d'être paisible. Enfin, bref, c'est du passé. Goutons ce cru 1986 que l'on m'a servi. A la vôtre les gars !

# Posté le samedi 01 octobre 2005 14:47

Modifié le mardi 10 juillet 2007 14:56

La vie de bébé, c'est pas toujours facile, mais...

La vie de bébé, c'est pas toujours facile, mais...
Apres cette dure épreuve qu'est la naissance, Bernardo et Gonzalo découvrent les affres de la vie de bébé... Enfin, il ne faut rien exagérer. Etre un bambin pouponné présente certains avantages...



Bernardo, 5 mois plus tard...

"J'ai l'impression d'être en prison. Tous ces barreaux autour de mon lit me donnent des envies de liberté... le grand ouest de la cuisine, la sun belt de salle de bain... sans parler des virées au ciné du salon... waw !... 'faut que j'me barre ! J'entasse les coussins et toutes ces couvertures étouffantes. C'est l'ascension du Mont Berceau, culminant à 1 mètre 30 d'altitude. Sans mousqueton ni nacelle ! HOP ! Je prends appui sur la barrière... je vais te l'enjamber comme on peut enjamber une merde de cabot ! MERDE ! Le poids de ma tête me fait basculer en avant ! Je vais m'écraser ! May day ! May day !

OUILLE !!!

Ma testasse heurte lourdement le sol ! Une douleur insoutenable se propage en moi... j'ai mal. J'ai très mal. Mais dans un élan de rage, je me relève ! Après tout, j'ai déjà connu la douleur lors d'une chute du haut de la table de la salle à manger.
Ma volonté de découvrir d'autres horizons me pousse à explorer les Royaumes Inexplorés de l'Appartement...


Gonzalo, même époque

BEUERK !!!
Hors de ma vue, biberon de malheur ! Quelle est cette immonde substance que tu me force à ingurgiter ? Un moyen de défense je parie... j'ai remarqué qu'en effet, dès que je lui mords la tétine, son liquide noirâtre jaillit dans ma bouche... ERK ! Quelle horreur ! C'est amer ! La femme qui s'occupe de moi depuis que je me suis extirpé de son entre-jambe me dit qu'il s'agit d'un remède contre la fièvre nommé Café. Et elle a l'air contente. Elle a le don de se foutre de moi, celle là ! Attends de voir l'état de ma couche, ma fille..."

Retour chez Bernardo...

"Cours 'nardo !! Yerk ! Impossible... mes jambes ne répondent pas ! Pourquoi tout le monde peut se déplacer autour de moi ? Moi je dois ramper comme une limace... quelle humiliation ! Un jour, j'espère que je ferais comme eux tous... et je marcherais comme les Longues-Jambes-Peau-Plissée ! Et enfin, mon caniche arrêtera de me prendre pour son confrère canin."


L'épreuve de la Couche


Gonzalo :
HA HA HA !!! Ca rigole moins hein ? Tu la sens hein ??? Tu la sens ma couche ??? Tu vois, je me suis appliqué, je... eh ! Touche pas ça ! Elle va m'lever ma couche ! Elle va me mettre à poil, elle veut m'humilier ! C'est Abouh Grahib ici ! Heureusement, j'ai mes réserves liquides, et mon petit cordon est mis en service... VENGEANNNNNNNNNNNNNNNNNNNNCE !!! Quelle précision ! Pile entre les deux yeux ! Je suis digne de Vassily dans Stalingrad Et une tournée, une !


Cependant, chez Bernardo...

Je souuuuuuuuuuuuuuuuuuuffre ! Ma bouche est un véritable potager ! Il y a des choses qui poussent à l'intérieur ! C'est dur, c'est douloureux... mais c'est un sacré moyen de défense ! Exit le laser doré jaillissant de mon petit cordon ! Dorénavant, je mords ! Mais je dois me montrer prudent... la bouche des Longues-Jambes-Peau-Plissée en est remplie !


On l'aura compris, la vie de bébé est un paradoxe. Souffrance et découvertes jouissives se succedent sans cesse. Mais le temps passe vite. Les dents ont poussées, les jambes fonctionnent enfin, le temps des bambins est révolu.

# Posté le samedi 01 octobre 2005 16:35

Entrée à la maternelle

Entrée à la maternelle
La maternelle, premier lieu de société pour les enfants. Le temps des premiers copains, des cacas boudas et autres "à la vie à la mort, fachés pour tous les jours !"...

Du côté de Gonzalo, trois ans plus tard...

Ma mère gare sa voiture, une vieille Renault 5, sur le parking de l'école. Le poste radio, fréquence "Radio France Provence", nous chante "C'est bon pour le moral".
Elle sort. Elle ouvre ma portière, et défait mes quarante six ceintures de sécurité. Puis elle me libère de l'étreinte de mon siège auto pour enfant. Ouf ! Je suis libre ! Je ne croyais pas si mal dire...

Il y a pas mal de monde en cette fraîche matinée de Septembre. Des tas de Mamans qui accompagnent leurs enfants. Cette foule me stresse. J'ai la boule au ventre. Mon coeur bat lentement mais sourdement. Je m'aggripe à mon petit Sac Babar tout vert, et j'entre dans la Cour De Récréation...
C'est donc ça mon futur pénitencier. Une grande cour. Avec plein de gosses qui vont et viennent partout à l'intérieur. Je parie qu'ils courent sans savoir pourquoi. Tiens, il y en a un qui est accroché au grillage. Il est en train de hurler après cette Dame en Rose qui veut lui faire lâcher prise. C'est un spectacle ignoble ! Laissez le grimper, ce pauvre enfant ! Il a le droit de jouer à Tarzan et Chita !
Tiens, c'est à nous. Ma Maman me prend par la main et nous nous présentons devant un gigantesque Bureau Gris et Jaune. Derrière, il y a une femme, que je n'avais pas remarqué. C'est le chef de la prison, je pense. Ma Maman signe un papier. Certainement mon certificat de détention... voilà, la paperasse est terminée. Je vois au regard de ma mère que mon heure est arrivée. Pars, Maman. Je resterai digne.
Elle m'embrasse affectueusement. Tu parles d'une dignité ! Devant tout le monde en plus. Un autre vigile en Blouse Rose, qui a attentivement suivi la scène, me montre le chemin. Il ouvre un petit portillon qui mène à la cour... Les jambes en cotons, la bouche sèche et le coeur martelant ma frêle poitrine, je m'y engage...

Pendant ce temps, pour Bernardo...

Ma maman s'en va... quelle ingrate ! Me laisser entre ces quatres grillages, dans ce zoo pour enfants ! Ca crie, ca hurle, ca pleure... ouinnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnn
C'en est trop ! Demain sera court ! Y'aura qu'un petit déjeuner ! C'est fini ! J'en ai marre !
Ce grillage est trop haut pour l'enjamber, mais... tant pis, je me lance ! Niarf ! J'escalade cet enchevêtrement de fils de fer, ça tangue sous mon poids, mais j'y arrive...et...mais ?! EH ! Qui est cette grosse femme en blouse rose qui fonce vers moi en hurlant ?! Mais ? Mais elle m'attrape ! Elle m'arrache du grillage ! Il s'agit sûrement du Garde Chiourme de cette prison haute sécurité...
Où va t-elle m'emmener ? Peut-être va t-elle me faire sortir, car je suis trop indiscipliné ? Elle s'éloigne. Visiblement, elle voulait juste m'empêcher de grimper au grillage. Je pourrai ré-essayer, mais je viens de remarquer qu'un autre Garde en Blouse Rose monte la garde à côté du portillon. Il fait entrer un petit garçon, qui a l'air mal en point.

Je me suis assis sur un banc. Pas un de ces grands bancs comme on en trouve dans les parcs ou à Castorama, rayon jardin. Un petit banc, à ma taille. C'est donc bien ce que je pensais. C'est une prison exclusivement réservée aux enfants. Une prison ou un asile. Car si je regarde autour de moi, que vois-je ? Des enfants à quatre pattes qui se prennent pour des chiens, d'autres qui imitent une locomotive et ses wagons... y'en a même un qui se prend pour un plongeur, en reproduisant les gestes du crawl ou de la brasse. C'est ça, je dois être chez les fous. La journée va être longue...

Comme on peut le voir, la rentrée en maternelle est un vrai déchirement. Vous qui lisez êtes sûrement passé par là, et vous comprendrez aisément le désarroi de Bernardo et Gonzalo. Des souffrances qui font partie des choses de la vie. Eh oui, nos deux amis entrent de plein pieds dans la société...
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# Posté le samedi 01 octobre 2005 17:29

Modifié le mardi 04 octobre 2005 10:13

Rencontre sur fond de conneries

Rencontre sur fond de conneries
Les premiers temps à la maternelle sont durs. Aussi bien Gonzalo que Bernardo souffrent de solitude. Avec pour seul passe-temps, s'amuser à torturer des "cochons d'inde" et à tenter de s'évader lors de la sieste de l'après repas...
Cependant, un trio est en train de se former... Jérémito, Gonzalo et Bernardo s'unissent. Extraits des differentes conneries qui ont scellé l'amitié "Gonzanardienne".


Jérémito ; Venez les gars ! On va donner à manger du Poison à Cédrito-le-Sombre !
Gonzalo ; Ayi, si tu fais ça, tu vas aller en Enfer !
Bernardo : Même que c'est vrai, parce que la dernière fois, tu avais mélanger sa purée avec du Kiri et du Yaourt !

Finalement, on lui en a donné, du Poison, au pauvre Cédrito... mais -heureusement pour lui- ça ne lui a rien fait.

Un des premiers défi que l'on s'est lancé ; la course. Qui court le plus vite, entre Bernardo, Jérémito et Gonzalo ? Il semblait que ce soit Jérémito. Pourquoi ? Comment ? Il fallait à tout prix le battre.

Bernardo ; Jérémito, comment tu fais pour courir si vite ?
Jérémito ; C'est grâce à mes chaussures à Scratch. Tu veux les essayer ? Tiens.

Bernardo les essaye et court. Pas plus vite que d'habitude, visiblement. Mais selon lui, les chaussures ont fait leur effet.

Bernardo ; Ouaiiiiiis ! C'est vrai je vais super vite avec ! Je vous ai battu à la course !

Ahlala, naïveté enfantine, quand tu nous tiens...


OPERATION COMMANDO CHEZ LA DIRECTRICE

(par Gonzalo)

La mode est au défi. Avec Jérémito et Bernardo, on compare notre potentiel d'audace ou nos capacités physiques. Aujourd'hui, l'objectif et de toucher une des branches d'un platane de la cour de Récré. Le problème, c'est que Jérémito possède ses Chaussures à Scratch, et elles semblent lui donner le pouvoir de courir aussi vite que Flash. Bernardo est le premier à se lancer. Il saute et rate la branche.

Bernardo : J'ai fait exprès. J'ai fait exprès.

C'est ça, ouai. C'est au tour de Jérémito. Il est motivé. Il se sent fort. Si seulement j'avais ses Baskets à Scratch... je demanderai à ma Maman qu'on aille à Carrefour pour me les acheter.
Jérémito s'élance, bondit... et touche la branche ! Les Chaussures ont fait leur effet... Jérémito est fier, tellement fier qu'il se lance le défi de retoucher la branche pour la deuxième fois consécutive. Il reprends son élan, saute et... s'accroche à la branche. Incroyable, il est vraiment tres f...

CRAC !

Jérémito a arraché la branche ! Bernardo me regarde, incrédule. Je me retourne vers Jérémito, qui se gratte derrière la tête en regardant bêtement le morceau de bois sec dans sa main. Il a fait du mal à l'arbre... il lui a coupé le bras. Il va aller en Enfer.
Le Garde Chiourme en Blouse Rose de la cour de récré arrive. Il termine sa ronde. En le voyant, Jérémito jette la branche feuillue au sol. Ce qui n'échappe pas à l'oeil Triple-Zoom Focus 22 de la Femme-en-Blouse-Rose. Elle vient vers nous. Elle a l'air en colère.

"QUI A FAIT CA ???" hurle t-elle.
On se regarde tous. Jérémito trépigne.

"C'est lui ! lance t-il. C'est Bernardo !"
Interloqué, surpris par la trahison de son ami, Bernardo n'articule pas un mot. Le Garde Chiourme le saisit par le bras et l'embarque. On l'entend hurler.

"Je vais t'emmener chez la Directrice ! Et tu vas aller au Piquet ! Ca t'apprendra à casser les branches des arbres !"

Je regarde Jérémito. Sale traître !

"C'est pas bien Jérémito, t'as dit un mensonge. Tu vas faire comme Pinocchio, tu vas te transformer en pantin de bois et une baleine va t'avaler ! T'es un Caca Boudin. Tu vas aller en Enfer

Je lui ai fait peur, visiblement. Il regarde par terre, se tortillant les pouces.

"J'ai une idée, dit-il. On va aller le délivrer. On va faire comme James Bombe."

Ainsi...

On a réussi à pénétrer dans l'enceinte fortifiée. Mme Roboulinho ne nous a pas vu, car on s'est glissé sous le chapiteau, là où Guignol et ses amis apparaissent les jours de spectacle. On coupe par les toilettes, en se planquant sous les lavabos, là où on peut pas boire l'eau parce qu'elle devient chaude toute seule. On arrive dans le grand hall. Les posters de Blanche Neige et les Sept Nains, de Mickey et Donald nous guettent. Au fond, il y a la Porte Infrachissable du Bureau de la Directrice. Elle est ouverte. Jérémito me fait signe d'avancer.

"On va s'approcher pour voir s'il est dedans" me chuchote t-il. Il parle comme lors de la sieste.
On s'approche discrètement du Bureau-où-les-oreilles-chauffent. J'aperçois Bernardo. Il est tourné face au mur, dans un coin. C'est donc là, le Piquet de la Rédemption, celui où on ne va que pour une raison grave. Bernardo ne nous voit pas. Il tient la branche que Jérémito a cassé. La Directrice-qui-tire-les-oreilles l'a obligé à la tenir en l'air. Je pense que c'est pour qu'elle puisse respirer, comme si elle était accroché à l'arbre.

"Je le vois Jérémito ! Il est là bas, dans le coin".

Jérémito sourit.

"Allez, viens, on va le sortir de là !"

Tout à coup, une voix glacée s'élève dans notre dos. Une voix qui ressemble à la Sorcière de la Belle au bois dormant.

"Le sortir d'où ? C'est plutôt vous qui allez le rejoindre !"

Je me retourne. La Directrice ! Nous sommes finis.
Finalement, on se retrouve tous les trois au Piquet de la Rédemption. C'est pas si terrible. Au moins, après, les copains nous prendront pour des héros. On sera revenu vivants de l'expédition.


C'est ainsi que s'est forgé la solidarité et un début d'amitié entre trois gamins. Bêtises et punitions partagées les ont soudé. Mais la vie à la maternelle, c'est quelque chose quand même...
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# Posté le samedi 01 octobre 2005 18:16

Modifié le lundi 03 octobre 2005 14:22

Le Carnaval de la Honte, par Gonzalo

Le Carnaval de la Honte, par Gonzalo
Chaque année scolaire, de la maternelle au primaire, l'école organise un Carnaval de fin d'année. Un évènement très attendu par tous les gamins, car c'est l'occasion pour eux de faire parler leur imagination. Enfin, pas pour tous...

C'est le chahut. Des hordes de gosses joyeux courent autour de moi. Ils ont l'air heureux. Ils rient, ils crient. Pas moi. Je me sens seul... même Bernardo, avec qui je partage mes mésaventures, m'a délaissé. Lui, au moins, il a le déguisement qu'il voulait : celui de pirate. Jérémito est déguisé en Karatéka. Karimando est un sultan. Christopherinho en footballeur américain...
et moi en Charlot... La Honte... Je me sens si seul...j'écoute le souffle du vent. Avec ma petite moustache à la Charlie Chaplin et ma canne de papy... en plus, tout le monde me prends en photo en rigolant et en disant "qu'il est mignonnnnnnnnnnnnnnnnn". Quelle honte. Ces gens ne s'imaginent pas que je suis meurtri dans ma chair. Je n'ose même pas les regarder, je n'ose même pas bouger. SNIFJ'aimerais suivre Bernardo et Jérémito dans leurs courses éffrénées, mais je risquerais de m'embroncher avec ma canne et ainsi déchirer mon Beau Costume.

Les parents sont ingrats. Pourquoi ce supplice ? Je ne voulais pas de ce déguisement ! Moi, je voulais être un Winspector Fyer Flanner II mégapower Ultra-Jet. Mais il n'en a pas été ainsi. La journée va être longue. Le pire, c'est qu'à la fin, il y aura le défilé individuel par classe. Jérémito nous fera certainement le Premier Kata, Bernardo déchirera l'air avec son sabre, et moi ? Moi, eh bien... je ferai tourner ma canne comme une Majorette.

Maman, pourquoi m'as tu fais ça ?


La morale de cette histoire nous dit donc qu'il est important de laisser les enfants choisir eux mêmes leur costumes. Pour que ces journées soient, comme il se doit, une fête et non pas un supplice. Bien noté, mesdemoiselles les Mamans ?

# Posté le dimanche 02 octobre 2005 05:29

Modifié le dimanche 03 juin 2007 09:33